+
|
Peintre d'aujourd'hui, par Benoît Laguarigue
Avec la basilique en arrière-plan, une sorte de géant fantastique et rieur, aux couleurs éclatantes, coiffé d’une couronne esquissée, invite avec gourmandise à la Fête de Saint-Denis et à la Nuit blanche. L’affiche est belle, accroche, et est signée d’un jeune artiste peintre dionysien, Raphaël Barontini. « C’est un hommage à la ville qui m’a vu naître et grandir », souffle-t-il. À 25 ans, c’est peu dire qu’il est d’ici. Mais pas seulement. Ou plutôt, comme on l’est souvent : de là et de partout en même temps. « J’ai grandi au sein d’une famille métissée, mélangée, avec des racines italiennes, espagnoles, sénégalaises, guadeloupéennes, bretonnes… Et Saint-Denis, c’est ma terre!»
« Très jeune, j’ai été révolté par l’injustice» Ce jeune homme en prise avec son temps, sensible au monde, s’est aussi énergiquement engagé pour la libération de Mumia Abu Jamal. « Très jeune, j’ai été révolté par l’injustice qui le frappe. Et l’un des grands chocs de ma vie est de l’avoir rencontré, dans sa prison, à Philadelphie. » Passionné, notamment de free jazz, il est aujourd’hui à l’aube de son chemin de peintre, qu’il construit peu à peu, tout comme son chemin d’homme. Sa peinture est à l’image de sa vie : ouverte, curieuse, sensuelle. « Je n’ai pas une démarche conceptuelle. Mon travail pictural se nourrit de la vie et je veux qu’il s’y inscrive. D’ailleurs, l’inverse est vrai aussi ! » « J’ai besoin de cette ville pour créer» Et il revient à Saint-Denis, encore et toujours. « J’ai besoin de cette ville pour créer, c’est pour moi une mine d’or, même avec ses aspects difficiles. Mais c’est la vie, j’ai vu bien pire ailleurs, dans certains quartiers de New York, à Mexico. Alors il faut relativiser, et se servir de cette énergie… » Sa peinture porte ce qu’il dit. Il ose, tente, invente, travaille physiquement, mélange les encres, les couleurs, les matières, vigilant à l’instant où tout bascule, où le fragile devient art, avant qu’il ne chavire vers le néant. Pour vivre, il travaille chez une enseigne de prêt-à-porter. « Je suis en situation précaire, certes, mais je me dis que c’est une étape à passer. J’ai confiance en moi, mais avec humilité. » Simplement, il aspire à faire et à montrer son travail. Comme ce sera le cas à Paris, en février prochain… « Maintenant, la vie commence », sourit-il, en indiquant qu’il cherche un atelier. À Saint-Denis, évidemment. Journal de Saint-Denis, septembre 2009
|
|