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VIVACES MEMOIRES D'OUTRE TOMBE (exposition duo avec Marie Weisensel)

 

Une paillette dans l’œil et le monde se fragmente.

Un corps écorché qui se détache d’un fond ténu, des lambeaux de paysage qui constellent un vide. Et, par une étonnante symétrie, les espaces vides de corps font échos à des corps sans place.
Dans les oeuvres de Marie Weisensel et Raphaël Barontini, paysage et corps deviennent des figures autonomes et solitaires. Les fresques dénudées donnent une importance capitale au blanc, au fond de l’œuvre. Comme s’il fallait dépecer le réel pour retrouver une construction d’origine. Le corps abîmé, torturé, se débat à la surface d’une oriflamme miroitante. Aux origines, le drapeau d’une identité qui se retrouve dans la confusion.
Des espaces sans corps donc, ruine d’un autre paysage, persistance ici mitée par l’oculaire : les espaces évidés de Marie Weisensel.
Des corps sans espace donc, paysage mental fruit d’une culture atavique et résurgente : les corps avides de Raphaël Barontini.
Cette solitude du paysage et du corps construit une césure dans l’image ; les figures se libèrent de manière quasi cinématographique et ouvrent un champ particulier et inattendu entre deux plans. Ces espacements décollent la figure du fond, faisant place, pour un temps, à la résistance de la mémoire qui jouant d’une impression qui remonte du fond de l’œil, nous fait retrouver une origine sinon un passé connu. La peinture affirme, là, une qualité de mémoire.
Et l’on voit sans voir.
Ces peintures sont des célébrations et vestiges d’une résistance de la mémoire. Célébrations de ce qui a été vu et chassé d’un battement violent de paupières. Les nappes de paysages et de corps, ces peintures donc, sont des parcelles de vivacité. La célébration pointe l’image, qui déployée à pure perte, se laisse penser comme un sacrifice. On gaspille, on dilapide, on raréfie. Que reste-il ?
L’œil regarde l’outre-tombe dont l’image qu’il forme est une larme, trace éphémère d’une collection d’impressions. Qu’est ce que la peinture sinon une larme indélébile, qui irrigue d’abord et sèche par épuisement à la surface du présent. La mémoire est une violence faite au présent. Les peintures de Raphael Barontini et de Marie Weisensel sont les paysages construits d’un accomplissement, celui d’un fragment préhensible de monde, tout autant qu’une bannière des origines retrouvées. Deux points de départs.
Ces images sont vives, vivaces, puissantes, elles nous parlent du passé, d’une figuration lointaine et immobile. Ces peintures évoquent l’empreinte d’un présent dont on ne sait s’il est suffisamment jamais là pour nous.
Que nous reste-t-il ? Là où nous sommes, un corps dans un espace. De l’œil à l’image donc il n’y a qu’un mouvement de paupières, où la mémoire retend des formes passées, les formes d’outre-tombe qui sont notre origine. La mort ferait le reste.

Mathieu Buard février 2010

 

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